donderdag 13 april 2017

La Vierge du Chancelier Rolin: Je voudrais dire merci à ma maman de m'avoir donné comme petit frère à ma sœur qui joue bien du violon, je l'aime beaucoup.

La Vierge du Chancelier Rolin a construit une réputation culte au début des années 90 avec leur new wave expérimentale plein d’influences folk. Ils se retrouvent le 22 et le 30 avril pour deux concerts exclusifs à Namur et Bruxelles. Nous pensions que ce serait une bonne idée de leur poser quelques questions, mais nous avons vite déchantés.

La vierge du chancelier Rolin c’est formé en 1990, à l'Institut Saint-Louis de Namur, si je suis bien informé. Comment vous êtes-vous rencontré ? 

Pierre : En gros, c’est une histoire de cul.

Laurent : Moi je sais pas, j’ai rejoint le groupe en 1992…

Thomas : Si mes souvenirs d'enfants sont bons, ils se sont rencontrés en parlant, et ils étaient tous habillés en noir dans une école Chevignon.

Sarah : Au départ, c’est Thibaud, Jean-Phi (qui était le petit copain de Odile, la sœur de Thibaud, qui, elle était dans la même année que Sarah à Saint-Louis) et Pierre qui voulaient faire un groupe ensemble. Ils connaissaient, via via, Vincent, un chanteur avec une voix très grave et très gothique et lui ont demandé de les rejoindre. Et puis, via Odile, ils ont rencontré Sarah qui avait un synthé. Dans un groupe de new wave, il faut bien deux synthés. Quand il a fallu faire des concerts, ils avaient besoin d’un batteur. Nicolas qui était dans la même année que Sarah voulait absolument rejoindre le groupe. Alors il s’est mis à la batterie.

Vous utilisiez des instruments pas tout à fait commode dans la new wave, avec beaucoup de sons acoustiques: guitares classiques, violons, clavecin, orgue, percussions. Pourquoi le choix de ces instruments ?

Pierre : Pour faire chier les corbeaux.

Laurent : Moi je sais pas, ils me laissaient rien toucher à part mon micro.

Thomas : Ma sœur avait pas les sous pour un MS-10. Sinon elle aurait fait comme toutes les chanteuses de l'époque. Sarah, elle avait abandonné le violon pour le synthé car le violon c’était ringard. Puis comme le groupe était ringard, elle a ressorti son violon.

Sarah : On ne voulait pas faire comme tout le monde, même si ce n’était pas vraiment conscient. Mais c’est ça qui a collé entre nous. Ne pas se laisser enfermer dans un cadre, on aimait surtout tester, créer. Même si on ne savait pas bien jouer. La première répète, on a chacun pris notre instrument et on s’est lancé à faire des notes en écoutant les notes des autres. Et étrangement, la mayonnaise a pris. On ne se prenait vraiment pas au sérieux, même si on pouvait paraître très sérieux. Thibaud jouait de la guitare classique aussi parce qu’il vivait dans un appartement dans un grand immeuble et que c’est le seul instrument qu’il pouvait jouer tard le soir sans déranger les voisins. Une guitare électrique, c’aurait été la guerre.

Une caractéristique de La vierge du chancelier Rolin était aussi le fait qu’il y avait plusieurs chanteurs et chanteuses au lieu d'une personne au centre du groupe. Comment ça a évolué ?

Laurent : On avait la chance d’avoir plusieurs gars avec des voix très différentes et complémentaires : Jean-Phi était parfait dans les ballades douces pour emballer les filles, hélas Thibaud juste après venait avec ses vociférations et leur foutait la trouille, puis Nico avec son timbre bizarre les faisait tripper et enfin Pierre finissait le boulot en leur donnant envie de se pendre… Moi, ben ils m’ont pris parce qu’ils ne savaient pas chanter et jouer de leur instrument en même temps.

Thomas : Il y a toujours eu plusieurs chanteurs. Le groupe était le centre du groupe qui était lui-même au centre du groupe, tout en étant au centre du groupe. C'était l'aspect idéaliste qui causait aussi beaucoup de larsen.

Pierre : On a splitté, tiens !

Vous avez des textes en anglais, en français et en allemand, un concept multilingue très sympathique… Vous remettiez vraiment tout en question, non ?

Laurent : Et vers la fin, on bossait sur une chanson dont le texte était la même phrase répétée en une quinzaine de langues différentes. J’ai bien cassé les pieds de tous mes amis plus ou moins allochtones à l’époque.

Pierre : On a aussi un texte en wallon, t’es séparatiste ou quoi ?

Sarah : On s’amusait beaucoup en tout cas. Surtout on aimait l’absurdité et le surréalisme. Pendant les week-end de création, celui qui prenait le micro pouvait très bien inventer le texte sur place ou bien faire la lecture de ce qui se trouvait devant lui. Ainsi ‘The Red Cow in the Sycomore’ c’est inspirée d’une histoire qui se trouvait dans un manuel d’anglais. Il y a même un texte où c’était la lecture du mode d’emploi de la table de mixage…. Le sens ou la langue des textes n’a jamais été discuté collectivement, c’était au choix de celui qui prenait le micro et c’est parfois plus la tonalité que le sens qui importait. J’ai jamais compris un seul des textes par exemple, je parlais pas anglais à l’époque.

On cite souvent And Also The Trees et Legendary Pink Dots comme influences mais j’entends aussi des influences de Virgin Prunes, Clair Obscur, Collection d’Arnell-Andrea et The Revolutionary Army of the Infant Jesus. Votre son est-il influencé par certains de ces groupes, ou plutôt le resultat d’une approche instinctive ?

Pierre : C’est vrai, on n’a rien créé du tout.

Laurent : Comparaison n’est pas raison, mais ça aide quand même à savoir dans quoi on met les pieds. Moi, ça ne me dérange pas.

Thomas : Instinctive ? Comme chez les animaux sauvages ? Les baleines par exemple ?

Sarah : On peut aussi citer Purcell, Vivaldi, Nick Cave, Noir Désir ou les musiques traditionnelles des pays de l’est. Certaines influences étaient partagées et plus délibérées ou conscientes que d’autres : And Also The Trees ou The Legendary Pink Dots étaient deux groupes dont on parlait beaucoup. Là, il y avait une vraie inspiration assumée par le groupe. Pour le reste, c’était plus épars et individuel et sans doute plus instinctif.

Vous avez gagné le concours tremplin du festival Verdur Rock en 1993. Qu’est-ce que cela signifiait pour vous?

Pierre : Qu’on était les meilleurs.

Laurent : « Bien des premiers seront les derniers, bien des derniers seront les premiers » Amen.

Thomas: Que je pouvais être fier de ma sœur et que je devais faire comme elle, c'est à dire chanter dans un groupe punk.

Sarah : On s’est inscrit un peu pour rire. C’était à Namur, notre ville, il fallait le faire. Mais le règlement exigeait au moins une chanson en français. On n’en avait pas. On en a même créé une juste pour l’occasion. L’expérience de jouer sur cette grande scène était en soi déjà extraordinaire. Un magnifique souvenir. Et puis, quand on a raflé tous les prix (sauf un), ça a été le choc. On ne s’y attendait absolument pas. Mais bon on était jeunes, on ne se prenait vraiment pas au sérieux, donc on a très bien surmonté le choc. Ça ne nous est pas (trop) monté à la tête. Ça a été un beau tremplin, et cela nous a en tout cas permis de vivre de très belles expériences : tant la tournée au Québec que l’enregistrement du CD.

Votre œuvre principale est le CD ‘Eva King’, paru en 1995. Malheureusement, la maison de disque fait faillite peu de temps après sa sortie. Le CD n’en fut pas moins fort applaudi. Que retenez-vous du CD ?

Pierre : 10 morceaux.

Laurent : Zat maï inglishe pronounciécheunne at ze taïme waz ôful.

Thomas : Les belles photos fantômes devant le champ de maïs de Hennet.

Sarah : Tetris. Jean-Phi adorait les jeux vidéo. On a passé des heures sur ce tetris pendant que les autres enregistraient. Oui, comme on n’était pas des bons musiciens, on a enregistré chacun à notre tour. Une fameuse expérience. Plus sérieusement, vingt après : on avait de bonnes idées. Franchement je trouve que les compos sont très bonnes. Mais par contre, on ne jouait vraiment pas bien… On devrait le réenregistrer aujourd’hui.

Vous avez fait de la musique pour une représentation de Bertold Brecht: ‘Combien coute le fer’. Comment ça c’est passé ?

Pierre : Plutôt bien.

Laurent : Mais ça n’a pas suffi à enrayer la montée de la NVA…

Thomas : Oui oui, c'est bien passé ! C'était il y a 20ans.

Sarah : Très bien, on en est sortis vivants

Le groupe c’est séparé en 1996, un an après la sortie de ‘Eva King’. Quelles étaient les raisons de la séparation ?

Pierre : L’Islam.

Laurent : L’addiction au sexe

Thomas : Je voudrais dire merci à ma maman de m'avoir donné comme petit frère à ma sœur qui joue bien du violon, je l'aime beaucoup.

Sarah : L’argent, l’ambition et le goût d’autre chose. Personne ne voulait financer notre deuxième album. Les journalistes et le public nous aimaient bien, mais pas les maisons de disque. On était inclassables, mais pas incassables.

Comment le groupe s’est-il reformé après environ 20 ans pour le Saint-Louis Festival ?

Pierre : 2 musiciens alcoolisés sont allés à une fête du souvenir.

Laurent : Notre plus grand fan de l’époque a hypothéqué sa maison et prostitué sa femme pour nous corrompre et comme on hésitait encore, il a été jusqu’au chantage au suicide.

Thomas : C'est simple, pour se reformer, ils se sont rassemblés. C'est l'effet facebook, comme les printemps arabes, d'ailleurs c'est le printemps en Belgique, depuis quelques jours, et on aime bien.

Sarah : Quand on s’est retrouvés et qu’on a joué c’est comme si on s’était quittés la veille. Je crois, dans le fond, que La Vierge du Chancelier Rolin ne s’est jamais quittée.

Y-a-t il une chance d’une réédition du CD ou d’une nouvelle compilation ?

Pierre : Ca ne se vend plus les CD’s.

Laurent : Sauf chez Cash Converters

Thomas : Je ne comprends pas la question.

Sarah : In sha allah

Vous avez encore plus de projets ensemble ou allez-vous en rester à cette réunion exceptionnelle ?

Pierre : Bien-sûr que non, on va pas en rester là, on a déjà fixé un rendez-vous dans 20 ans.

Laurent : Mais pas vendredi, j’ai piscine.

Thomas : Moi j'ai été viré de St Louis. Je crois que si déjà on arrive à rester à cette réunion exceptionnel sain et sauf, ce sera exceptionnel.


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